
L’article de La Montagne du 7/12/22
Une interview de François Boudet, le président du comité de vigilance, par RCF sur le projet de centre de santé

L’article de La Montagne du 7/12/22
Une interview de François Boudet, le président du comité de vigilance, par RCF sur le projet de centre de santé

L’article de La Montagne du 7/12/22
Une interview de François Boudet, le président du comité de vigilance, par RCF sur le projet de centre de santé
Réouverture du centre de soins non programmés au sein de l’hôpital de Valognes
La persévérance a payé Il y a quelques semaines nous étions avec le Maire de Cherbourg en Cotentin, Benoit Arrivé, dans son bureau, pour un entretien avec la Directrice du Centre hospitalier public du Cotentin (CHPC) Séverine Karrer.
Nous avons, à cette occasion, redit ce que nous martelons depuis la fermeture du centre de soins non programmés : cette fermeture occasionne des retards de prise en charge des patients et des renoncements aux soins. Ces retards et ces renoncements créent de l’angoisse, de la souffrance, de l’aggravation de l’état de santé et des morts..Nous avons, une fois de plus, affirmé l’engagement de la responsabilité du Maire, Président du conseil de surveillance du CHPC et de la Directrice dans la situation délétère consécutive à la fermeture du centre de soins non programmés. Nous avons alors obtenu un engagement, pris du bout des lèvres, de regarder les possibilités de dégager du personnel médical et paramédical pour l’ouverture d’un lieu de consultation au sein de l’hôpital de Valognes. Un moindre engorgement des urgences de Cherbourg Pasteur pourrait être obtenu par la prise en charge des « petites urgences » à Valognes dans un contexte où la démographie médicale dans notre agglomération laisse 12% des patients sans médecin traitant. La prochaine étape de notre action vise à apporter notre soutien à toutes les initiatives contribuant au développement de la réflexion et de l’action pour un maillage territorial de structures publiques du type « centre de santé ». Ainsi nous soutenons la création d’un centre de santé porté par la communauté d’agglomération du Cotentin ouvert à la pratique médicale salariée.
Le libéralisme médical a montré ses limites en refusant toute avancée pour une juste répartition des médecins sur l’ensemble des territoires.
Le libéralisme médical en réduisant l’accès aux études médicales a contribué à la désertification médical.
Le libéralisme médical n’est plus, aujourd’hui, adapté à la pratique d’une médecine moderne, collaborative et pluridisciplinaire. Il n’est plus le choix majoritaire des jeunes médecins qui trouvent dans le salariat un mode d’exercice de leur profession qui leur assure de la sécurité professionnelle dans leur pratique comme dans leur vie personnelle.
Nous serons représentés lors des rencontres nationales des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, à Mayenne les 18,19 et 20 novembre, pour proposer que toutes les associations qui œuvrent pour le développement d’un maillage territorial de centres de santé puissent intégrer notre coordination. Cette intégration nous permettrait de coordonner l’action des associations au niveau départemental notamment pour interpeller le Président du conseil départemental et travailler ensemble à la création d’un projet départemental de maillage de notre département.
Aujourd’hui, dans la Manche, le centre municipal de santé Bres-Croizat fonctionne à Cherbourg. Un autre centre de santé fonctionne en sud Manche et un troisième est en projet à Bourg Vallées.
Une association milite en côte des iles pour la création d’un centre de santé dans ce territoire, véritable désert médical. D’autres associations et collectifs, comme à St Lô informent les citoyens, organisent des rencontres à ce sujet.
C’est avec de l’espoir et de la détermination que nous avançons, pour la défense et le développement du service public de santé.
VIVE LES REGROUPEMENTS SANITAIRES ÉGALITAIREMENT RÉPARTIS SUR NOS TERRITOIRES, ET PARTICULIÈREMENT LES CENTRES DE SANTÉ
De nombreux articles et interventions publiques évoquent les regroupements de professionnels de santé, mais tout cela dans une fréquente confusion qui n\’aide pas à évoluer raisonnablement et qui ne prend pas vraiment en compte les besoins du pays et des professionnels.
1- Une Maison de santé est un centre privé, qui associent des médecins « libéraux » et d\’autres praticiens. Il est soumis au régime dit « libéral » terme qui ne veut rien dire, puisqu’il s’agit d’une petite entreprise privée. Il peut donc y avoir des dérives, du genre dépassement d’honoraires puisque les professionnels sont indépendants. C’est l’intérêt privé plus que l’intérêt général qui en est le vrai moteur. La pérennité n\’est pas non plus assurée
2- Un Centre de santé est un centre public, car il embauche des salariés, ce qui correspond aux vœux nettement majoritaires des jeunes en formation. Il ne fait pas de dépassement d\’honoraire et pratique le tiers payant. Les Centres de santé sont massivement à gestion associative, communale ou intercommunale, mutualiste, coopérative. La forme est donc encouragée à être plus démocratique et plus ouverte à la société civile. Une stupide réforme récente autorise la création de centres de santé privés, ce qui intéresse les grands groupes capitalistes, mais cela reste encore heureusement marginal.
– Un pôle de santé peut être l’un ou l’autre ou un mélange des deux, ainsi le Pôle de santé de Lure est à la fois une maison de santé ; privée, et un centre de santé public adossé à l’origine à l\’hôpital public et à la Communauté de Communes du Pays de Lure. Le CV70 a fait beaucoup pour que la partie « publique » soit valorisée et a donc fortement soutenu cette initiative.
Il y a de bons professionnels dans toutes ces structures, la qualité des soins n’est pas à critiquer, sauf à la marge. Mais pour des raisons éthiques et politiques (pour un vrai service public de santé), et pour tenir compte surtout des vœux des étudiants, notre Comité de Vigilance, comme toute la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, est prioritairement pour la création des Centres de santé. En les multipliant, et en formant massivement (bien plus qu\’actuellement) de nouveaux professionnels, on pourra mieux répartir ces professionnels en fonction des besoins réels des populations et de nos territoires, et donc en finir avec une liberté d’installation qui contribue à renforcer la désertification médicale, même si elle ne l\’a pas créée.
Le CV 70 est très réservé sur la mise en place de bourses aux étudiants financées par les collectivités territoriales, ce qui ne résoudra pas le déséquilibre de l\’offre de santé, et pire cela risque de mettre en concurrence les territoires, au détriment de la nécessaire égalité. Attention également, les centres et maisons qui se développent en nombre nous révèlent que ce n’est pas la solution à la désertification médicale comme trop de personnes l’affirment. Au contraire celle-ci se poursuit partout malgré ces créations. Plus dramatique parfois, en regroupant les rares professionnels dans des bourgs centres, ces structures contribuent à déshabiller encore plus nos villages et nos secteurs enclavés. Ces regroupements participent d\’une prise en compte de la volonté des professionnels d’être moins isolés, de mieux partager et de mieux intervenir dans leur domaine, et en cela c’est très bien. Mais ce n’est absolument pas la panacée.
Pour nous, les solutions valides pour enfin s’en prendre à la désertification sanitaire de notre pays, consistent à ouvrir massivement les recrutements et les centres de formation. Il faudrait répartir les formations dans tous les lieux sanitaires, hôpitaux, cliniques, Ehpad, cabinets ou centres, et pas seulement dans les CHU ou GH départementaux. Il faudrait également réguler les installations en s\’appuyant prioritairement sur les structures publiques dont les centres de santé sont un bon exemple. La priorité en matière de santé, c’est le bien-être collectif de toutes nos populations et de tous nos territoires. L’intérêt général devrait être la seule chose qui nous anime quand on parle de service public et encore plus pour la santé.