Un texte de Jean Scheffer suite à la tribune de médecins appelant à des fermetures de maternités

Un appel stupéfiant et désastreux de spécialistes (syndicats et sociétés savantes) pour continuer à fermer des maternités !

On assiste à une campagne orchestrée depuis quelques semaines pour soutenir les fermetures de services , alors que ce sujet ne fait pas partie des thèmes officiels du grand débat , et que les fermetures se poursuivent tous les jours !

https://revuecoordnat.wordpress.com/…/un-ancien-directeur-…/

Ou travaillent tous ces pourfendeurs des petites maternités ?
Certainement pas à Figeac, Lourdes, Decazeville, Lannemezan, le Blanc , Bernay, Thann, Saint-Claude, Creil…

Ils sont pourtant tous dans des groupements hospitaliers de territoire (GHT) avec des hôpitaux de proximité et donc devraient comprendre le problème de l’accès aux soins de nos concitoyens, qui actuellement pour le 1/3 d’entre eux repoussent ou renoncent à des soins pour deux raisons principales: les coûts et l’éloignement . Mais peut être que certains saisissent l’opportunité des GHT pour finir de dépecer, à leur profit nos hôpitaux de proximité ?

Comme les ARS, les praticiens hospitaliers se doivent de participer à répondre aux besoins de santé des territoires et non à favoriser ou à laisser faire le plan d’austérité des différents gouvernements.

Ils ont tous fait le serment d’Hippocrate, et donc devraient être attentifs dans la 5ème puissance économique mondiale, à ce que tous nos concitoyens puissent avoir accès aux soins.

Peut-être qu’ils reprennent le slogan des néo-libéraux : « la santé coûte trop cher ».

En la matière, ils feraient bien de regarder les statistiques de l’OCDE qui montrent que par habitant la France est classée 14ème en 2017 (dernière statistique).

Qui est responsable de la situation actuelle, de 30 à 40% des postes vacants dans nos hôpitaux ?

Certainement les gouvernements de ces 20 dernières années, mais aussi les médecins hospitaliers et leurs syndicats que l’on-a pas vu souvent au côté des élus et des associations d’usagers pour défendre leurs établissements et surtout pour réclamer une régulation des installations et/ou un service civil en fin d’études pour solutionner déserts médicaux et hospitaliers.

Mais venons-en au sujet actuel: les fermetures de maternités.

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un problème de volume d’accouchements, puisque plusieurs maternités de plus de 1000 accouchements ont été fermées.

Si la fermeture des petites maternités améliorait les statistiques de mortalité infantile, alors la France serait un excellent exemple avec 2/3 des maternités fermées en 40 ans. le résultat est édifiant, la France stagne dans la moyenne européenne depuis 10 ans, alors que les autres pays s’améliorent.

(https://www.atlantico.fr/…/pourquoi-la-mortalite-infantile-…)

Il ne faut pas regarder les problèmes de sécurité avec des œillères : en plus du manque de praticiens dans la maternité (anesthésistes, pédiatres, obstétriciens), il faut regarder le risque de l’éloignement de la parturiente par rapport à la maternité la plus proche.

En 2018, 167 000 femmes en âge de procréer habitent à au moins 45 minutes de la maternité la plus proche (https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er_1100.pdf)

Evelyne Combier est une des rares chercheuses à s’intéresser à cette question, les résultats sont sans appel: « Pour un temps supérieur à 45 minutes, le taux de mortalité passe de 0,46% des grossesses à 0,86%. C’est deux fois plus. » il y a trois fois plus de risques, en accouchant en dehors d’une maternité, que le bébé soit mort-né. « Le risque pour la mère, c’est de décéder. On a trouvé un risque multiplié par treize. C’est effrayant. » (https://www.cairn.info/revue-journal-de-gestion-et-d-econom…)

Il est fait appel aux nouvelles technologies et innovations pour faire accepter ces restructurations et les signataires de La Tribune, tombent dans le panneau : il s’agit de télé-médecine , télé-consultation, hélicoptère,… Allez demander aux habitants des vallées au dessus de Lourdes, de Lannemezan, de Lavelanet, de Die … combien de jours par an l’hélicoptère ne peut décoller, et le nombre de zones blanches dans ces territoires !

Il y a plusieurs problèmes à résoudre:

1/ La qualification et le nombre des personnels médecins, sages femmes, personnel de bloc…
Pour le nombre et la qualification c’est la régulation des installations et le service civil pour tous les médecins en fin d’étude, seuls moyens pour solutionner les déserts hospitaliers. En attendant les assistants partagés entre CHU, gros établissements et les autres hôpitaux, ainsi que consultations et journées opératoires peuvent permettre le maintien de certaines maternités.
Pour le maintien de la compétence, séjours réguliers des pédiatres, anesthésistes-réanimateurs, obstétriciens, sages-femmes, personnel de bloc, au CHU ou au gros établissement du GHT.

2/ Le maillage territorial avec un réseau de maternités à Moins de 45 mn des parturientes et les fermetures
Il faut certes accepter certaines fermetures en cas de deux établissements très proches, ou de possibilité de regroupement à mi-distance (Tarbes-Lourdes, Saint-Affrique-Millau pour ma région), mais refuser toute fermeture mettant en danger trop de parturientes.
Il ne faut plus accepter de fermetures sans concertation des élus, des collectivités locales, des personnels, représentants d’usagers, suite à un avis de soit-disant experts (l’exemple des signataires de cette tribune est démonstratif), l’ensemble des données devant être pris en compte et non pas la seule nécessité de faire des réductions de coûts, ou de respecter telle ou telle norme de sécurité.
Si les besoins de santé du territoire existent, il faut partir de cette donnée fondamentale et donner les moyens aux établissements d’y répondre au lieu de décider d’une fermeture.

3/ En urgence, il faut que toutes les parties acceptent un moratoire sur toutes décisions ou projets de fermetures, et organiser une véritable démocratie sanitaire dans chaque territoire.

Dr Jean SCHEFFER ancien médecin chef au Centre Hospitalier d’Albi
Jscheffer81@gmail.com