Carton plein pour le grand débat sur les hôpitaux à Ruffec
Hier soir bien avant 20h30, le théâtre de La Canopée était
déjà archicomble, scène et escaliers compris. Au moins six cents personnes se
sont engouffrées
dans la salle de spectacle pour le premier grand débat
organisé dans le nouvel espace culturel de Ruffec, transformé pour l'occasion
en tribune à la gloire des services publics.
Organisée par «Soutiens en
urgence à la vie du bassin de Ruffec», la soirée avait, il est vrai, des
atouts avec la venue de personnalités
nationales comme Patrick Pelloux, le
célèbre médecin urgentiste (lire notre interview dans CL de jeudi), Alain
Fauconnier, le fondateur de la Coordination
nationale des hôpitaux de
proximité, ou encore Bernard Defaix, le porte-parole de la Convergence
nationale des collectifs de défense des services publics.
Les très nombreux
élus charentais présents dans la salle ou à la tribune ont pu
vérifier
l'attachement des habitants à leur hôpital, et leur inquiétude.
«L'hôpital de
Ruffec figure toujours sur la liste des cent treize blocs opératoires que le
conseil national de chirurgie veut fermer», rappelle
fermement Annie Lafond,
la nouvelle présidente de «Soutiens en urgence». «Pour
supprimer notre
plateau technique, on nous dit qu'on fait courir des risques aux malades,
qu'on est pas rentables.»
Bernard Charbonneau, le maire de Ruffec, met à son
tour l'assistance dans sa poche avec sa verve habituelle: «J'ai été opéré à
Ruffec et au grand regret de
certains, je ne suis pas mort. L'hôpital de
Ruffec n'a jamais tué personne. Il faudra me passer sur le ventre pour fermer
notre chirurgie. Ruffec fait de la
résistance, il faut tous faire bloc». Et
le président de l'hôpital de dénoncer «la nouvelle gouvernance, très
dangereuse, qui réduit les pouvoirs du conseil
d'administration et renforce
ceux de la direction». Le maire de Ruffec cache à peine son conflit avec
l'actuelle directrice de l'hôpital.
«On ne se prend
pas pour un CHU» Juste avant lui, Edith Pot, représentante CGT du
personnel, rappelle la manifestation qui s'est déroulée samedi dernier pour
protester contre les conditions de travail des deux cents salariés: «On ne se
prend pas pour un CHU, on est le premier maillon d'une chaîne, on assure les
premiers soins, y compris chirurgicaux». La syndicaliste égrène des chiffres
qui témoignent de la progression permanente de l'activité: 2.900 passages aux
urgences en 2006 (+2%), 1.678 hospitalisations (+7%), etc. «Depuis cinq ans,
l'activité est croissante, la population fait confiance à son hôpital malgré
des rumeurs malsaines.» Comme Bernard Charbonneau, Edith Pot insiste sur le
service de traumatologie, dont une rumeur persistante annonce la fermeture:
«C'est totalement faux, ce service marche normalement. Continuez à vous en
servir, c'est essentiel». À la tribune, les invités écoutent patiemment. Venu
de son Aveyron, Alain Fauconnier encourage les Ruffécois avec son accent
chantant: «A Saint-Affrique, nous prouvons qu'il n'y a pas de situation
désespérée quand on reste mobilisé. Nous avons conservé notre maternité et
notre chirurgie alors que nous avons le plus petit bassin sanitaire de
France».
De quoi mettre du baume au coeur à la nouvelle équipe de «Soutiens en
urgence», fortement mobilisée depuis des semaines pour réussir ce grand rendez-vous.
Avant le débat, les membres de l'association ont fait signer une
pétition, et distribué un document qui énumère toutes les prestations
offertes par l'hôpital
de Ruffec. En parler, c'est bien. L'utiliser, c'est
mieux.
Thierry Cordeboeuf
article
paru dans La Charente Libre le 10 février 2007