RUFFEC DÉCRÈTE LA MOBILISATION GÉNÉRALE
La défense de l'hôpital de Ruffec a mobilisé plus de 300 personnes hier en soirée. La détermination a franchi un cran en présence de tous les élus, des maires aux sénateurs
18.10.2008
Philippe ANDRÉOULIS
Un panneau a été dévoilé devant l'hôpital répertoriant toutes les spécialités de l'établissement, ses médecins... Une autre façon pour les manifestants de soutenir leur hôpital de proximité • photo Majid Bouzzit
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On
a affaire à une sorte de système qui, au nom d'une certaine idéologie,
prétend saccager tout le service public. Il faut aujourd'hui dire non,
non et non!»
Dernier tribun à prendre la parole hier, le député PS Jérôme Lambert a
clairement invité la situation nationale et internationale dans le débat
sur la défense de l'hôpital de Ruffec. Il n'a pas été le seul. Le
délitement du système financier international et les craintes qu'il
engendre ont semblé conforter hier soir tous ceux qui ont tenu à
manifester leur attachement à un hôpital de proximité.
Ils
étaient plus de 300 à avoir répondu à l'appel lancé par l'association
«Soutiens en urgence à la vie de l'hôpital». Un mouvement qui, au moment
de sa dislocation, a laissé une trace: un grand panneau installé sur le
trottoir. Dessus, toutes les informations concernant l'hôpital, ses
spécialités, ses médecins, les numéros de téléphone. De part et d'autre,
les revendications de l'association pour que l'établissement ait les
moyens de fonctionner. «C'est
un mouvement pour l'hôpital. On veut qu'il y ait du monde! On
préférerait que la direction de l'hôpital soit là, avec nous, pour
demander à Bachelot [Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, NDLR] de nous donner des sous. C'est un hôpital qui ne sait pas se vendre. On dirait que la direction a peur qu'il y ait du monde»,
lance Gaëtan Raynaud, porte-parole de l'association qui ne se lasse pas
de pointer du doigt ce qu'il estime être des coups bas portés à
l'hôpital. «Il y a des dossiers qui ne sont pas déposés, suivis», dénonce-t-il, citant tour à tour le chantier stoppé des soins de suite, l'abandon de la radiologie, l'absence de scanner... «On est face à des chefs d'entreprise qui ne veulent pas que leur entreprise tourne», sourit-il, amer. Un sabotage organisé qu'il décrit en constatant que «tous les prétextes sont bons».
L'association
veut y croire et estime avoir de bonnes raisons. D'abord parce que
l'hôpital a prouvé sa nécessité sur le territoire. Ensuite parce que «le gouvernement est passé en force pour la justice, pour les casernes». «Sur la santé, nous pensons qu'il n'osera pas.»
Un rapport de forces
Pour
cette bataille qui débutera la semaine prochaine avec l'exposé de la
nouvelle loi «Hôpital, patient, territoire», l'association peut compter
sur le soutien des élus. Des élus du pays mellois, du Civraisien, de
tout le Ruffecois, mais aussi les deux nouveaux sénateurs du
département, le député de la circonscription avaient fait le
déplacement. «Vous êtes un relais précieux pour les parlementaires que nous sommes», a affirmé Michel Boutant, sénateur et président du conseil général. «Je ne veux pas qu'au nom des équilibres financiers on concentre l'offre de soin sur les grandes villes», avait déclaré avant lui Nicole Bonnefoy, sénatrice et conseillère régionale. «La
marchandisation de la santé est en route. Nous n'assisterons pas en
spectateur à l'effondrement du service public hospitalier», a-t-elle lancé. «Il n'y a plus qu'à établir un rapport de forces puisqu'ils n'entendent pas nos arguments»,
a martelé Edgard Saulnier, maire de Villefagnan et conseiller général,
au nom de l'association de défense des services publics. «Cette population a le droit à un service de santé comme tout le monde dans notre pays.»
Une conception de la vie que l'association ira défendre le week-end
prochain à Luçon en Vendée, à l'occasion des onzièmes Rencontres de la
coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités
de proximité.