FINISTÈRE EN
CRISE, LE 7 JANVIER 09
(extraits du Télégramme)
HÔPITAUX. « AU BORD DE LA CRISE DE NERFS », SELON
SUD
Selon le syndicat Sud Santé, les hôpitaux du Finistère frôlent
actuellement la saturation. Le déclenchement du plan blanc (*), hier, au centre
hospitalier de Quimper, fait écho à leurs craintes.
En début de semaine,
le Centre hospitalier de Cornouaille rouvrait soudainement quarante lits pour
faire face à l'afflux de malades. Selon Jean-Paul Sénéchal, de Sud Santé, les
hôpitaux de proximité du département sont à la même enseigne. « Il y a un souci
majeur de prise en charge des patients », assure-t-il. L'hôpital de Carhaix
aurait enregistré, lundi, 53 entrées aux urgences, au lieu d'une trentaine
habituellement. « Les lits en chirurgie viscérale ont été passés de 17 à 22 ».
Il décrit une situation semblable à l'hôpital de Douarnenez où, entre les
urgences, la médecine et la chirurgie, une vingtaine de lits ont été rouverts, «
ce qui est énorme pour un hôpital de taille moyenne »,
continue-t-il.
Personnels rappelés au pied levé
Francis Landouar,
de l'hôpital de Morlaix, relate à son tour l'épisode survenu dans la nuit de
lundi à mardi, d'un patient transféré par hélicoptère pour le service de
réanimation. « Nous avons été obligés de rouvrir un lit. Ça peut paraître peu
mais ça nécessite constamment deux personnels soignants », dit-il. Les exemples
d'employés, rappelés au pied levé par leur direction, sont, selon eux, légion. «
Les rappels sur les repos hebdos ou les RTT deviennent le quotidien des agents.
Ils sont extrêmement tendus. La suroccupation devient la norme. Et l'épidémie de
grippe n'est pas à son seuil maximum ».
Mouvement le 24
janvier
Sud Santé, qui craint qu'un drame semblable à celui survenu
récemment à l'hôpital Bichat, à Paris, ne survienne dans le département, estime
alors « indécent » de garder les urgences de l'hôpital de Concarneau fermées la
nuit (depuis cet été, les malades doivent se rendre à Quimper). La mise en place
du Plan blanc est aussi appelée de ses vœux. Elle allait devenir effective
quelques heures plus tard au Centre hospitalier de Cornouaille (lire
ci-dessous). Le syndicat appelle à une grève interprofessionnelle public-privé
le 29 janvier prochain. Un mouvement « pour la défense des hôpitaux publics »
est également prévu le 24 janvier. * Le plan blanc hospitalier est mis en place
en cas de crise à caractère exceptionnel. Une cellule de crise, mise en place
par le directeur, organise la coordination avec le Samu et les services
d'urgences, le rappel de tous les personnels, réorganise la réouverture de lits,
le report d'hospitalisations non urgentes...
Thierry
Charpentier
Pour Jean-Paul Sénéchal, Francis Landouar, Josiane
Chauveau, Odile Le Guerriec et Françoise Desnos, de Sud Santé : « La
suroccupation devient la norme ».
QUIMPER
LOCALE
SURACTIVITÉ. L'HÔPITAL DÉCLENCHE LE « PLAN BLANC »
Face à
l'afflux de malades, la direction du Centre hospitalier de Cornouaille vient
d'activer le « Plan blanc », pour mobiliser davantage de moyens.
En
rouvrant, mardi, une quarantaine de lits supplémentaires (notre édition de
mercredi), le directeur par intérim du centre hospitalier, Jacques Le Doaré,
tentait de faire face à la forte fréquentation que connaît le Centre hospitalier
intercommunal de Cornouaille depuis le début de l'année. « Tant au niveau des
urgences que de l'ensemble des services d'hospitalisation qui affichent un taux
d'occupation supérieur à 100 % », précise-il. En cause : les conditions
climatiques actuelles, « propices à l'augmentation des pathologies hivernales et
aux accidents ». Du propre aveu de Jacques le Doaré et du docteur Gilles Mehu,
président de la commission médicale d'établissement, « les mesures prises ces
derniers jours s'avèrent insuffisantes pour faire face à la situation »,
écrivent-ils dans un communiqué. Ils poursuivent : « Eu égard à la suroccupation
prolongée et au flux persistant des entrants aux urgences », le « Plan blanc » a
été activé hier, « pour mobiliser encore davantage de ressources humaines et
matérielles ».
Alléger les urgences
Sollicitant « la compréhension
de tous dans ce contexte délicat à gérer » et rendant hommage aux équipes
médicales et soignantes, « fortement mobilisées, qui font preuve comme toujours,
d'un grand sens du service auprès des patients », la direction du centre
hospitalier rappelle également que « l'orientation des patients vers le service
des urgences doit être justifiée ». Elle tient enfin à souligner que « les
hospitalisations ne sont admises ou prolongées que si elles sont médicalement
indispensables ».
DOUARNENEZ (LOCALE)
HÔPITAL. ÉTAT DE
SURCHAUFFE
Depuis le 2 janvier, l'hôpital connaît une suractivité qui l'a
obligé à ouvrir une vingtaine de lits supplémentaires. Une cellule de crise se
réunit deux à trois fois par jour.
« Depuis le 2 janvier, l'hôpital
connaît une suractivité qui jusqu'à présent ne baisse pas. Nous accueillons
actuellement en court séjour le double de malades en hospitalisation
qu'habituellement. De dix admissions journalières, nous sommes passés à 15-20 »,
explique le directeur de l'établissement. Cette situation a obligé la direction
de l'hôpital à ouvrir une vingtaine de lits supplémentaires dans ses locaux. «
Nous avons utilisé des bureaux des urgences pour installer de nouveaux lits
d'accueil par exemple », précise un des médecins des urgences.
Des
capacités d'accueil augmentées de 20 %
Habituellement, les services de courts
séjours disposent de 105 lits. « Avec une vingtaine de lits supplémentaires,
nous avons augmenté nos capacités d'accueil de 20 %. Chaque année, nous avons un
pic d'activité hivernale,
mais, cette année, cette suractivité est
particulièrement marquée et a commencé en amont de l'épidémie de grippe », note
Éric Guyader. « Ce sont surtout des personnes âgées que nous accueillons pour
des problèmes broncho-pulmonaires », précise Véronique Moulin, médecin
responsable du service des urgences.
Personnels mobilisés
Une cellule
de crise se réunit deux à trois fois par jour pour évaluer la situation et
trouver des solutions aux problèmes. « Cette situation à flux tendu nécessite de
mobiliser des personnes supplémentaires que ce soit des aides soignantes, des
infirmières et des médecins. C'est environ une douzaine de personnes
supplémentaires qui sont nécessaires pour gérer l'ouverture de la vingtaine de
lits. Nous n'avons pas de problèmes pour mobiliser le personnel qui comprend
cette situation de crise. C'est la sécurité de la prise en charge qui prime.
Nous devons également parfois annuler des consultations pour concentrer notre
personnel sur les urgences », explique le directeur de l'hôpital. Les patients
admis en court séjour restent généralement six à sept jours dans les services.
Le directeur de l'hôpital se veut rassurant sur les capacités d'accueil. « On
devrait faire face à l'afflux de malade de ce week-end et du début de la
semaine. Dans l'hypothèse d'une nouvelle augmentation des hospitalisations, des
réponses au niveau territorial devraient être trouvées », précise le
directeur.
« Faire appel au médecin traitant »
« Lorsque les services
hospitaliers sont saturés, c'est souvent que les médecins traitants le sont
également », précise Éric Guyader. Le médecin responsable des urgences,
Véronique Moulin, précise néanmoins que passer chez son médecin traitant peut
aussi être un gain de temps pour le patient. « En cette période de suractivité,
la prise en charge aux urgences est assurée mais pour des cas qui ne demandent
pas une intervention urgente, l'attente risque d'être un peu plus longue que
d'habitude », souligne Véronique Moulin.
Sophie Desplancques