N’en déplaise à Madame Vadillo, mais l’hôpital de
Carhaix n’a jamais prétendu continuer d’exister en autarcie, pas plus que celui
de Douarnenez ou de Landerneau, ou autre. Elle ne semble pas connaître la
différence entre la fusion et la coopération entre deux hôpitaux. Dans le cas
d’une fusion, il n’y a plus qu’une seule structure juridique, qu’un seul
directeur, qu’un seul conseil d’administration, qui est situé dans l’hôpital le
plus important qui peut ensuite fermer comme il le veut les services du petit
hôpital et en reprendre les moyens. C’est ce qui s’est passé pour l’Hôpital
d’Hennebont qui a perdu presque tous ses services après la fusion avec le Centre
Hospitalier de Bretagne-Sud; c’est ce qui s’est passé à Concarneau après la
fusion avec l’Hôpital de Quimper: c’est en fait le directeur du CHIC à Quimper
qui a décidé (sans même consulter le conseil d’administration) la fermeture des
urgences de nuit à Concarneau. Je ne connais pas un exemple de fusion réussie
entre deux hôpitaux, c’est-à-dire avec le maintien des services du plus petit
hôpital. Les sections syndicales de l’hôpital de Carhaix, comme le maire de
cette ville, ont entièrement raison de s’opposer à la fusion avec le CHU de
Brest et de demander une coopération avec cet hôpital, c’est-à-dire avec
maintien de l’autonomie de l’hôpital de Carhaix, avec maintien des services
menacés de chirurgie et de maternité, mais avec des praticiens venant de Brest
travailler à Carhaix (et réciproquement éventuellement). C’est la solution qui a
prévalu à l’hôpital de Saint Affrique (Aveyron) qui s’est battu contre la fusion
avec l’hôpital de Millau, qui lui a été imposée et qui n’a jamais bien
fonctionné; la lutte des Saint Affricains a permis d’obtenir la défusion d’avec
Millau; une coopération a été établie avec le CHU de Montpellier pourtant assez
éloigné et situé dans une autre région, à la grande satisfaction des habitants
de Saint-Affrique. Les hôpitaux de proximité ont absolument besoin de travailler
en réseau avec d’autres hôpitaux, mais ce n’est pas une raison pour refuser de
comprendre ou pour ne pas connaître la différence entre fusion et coopération
(ou complémentarité).
Yves Jardin, vice-président pour la région Bretagne
de la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités
de proximité.